La Cenerentola - Rossini - Grand Théâtre de Genève
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La Cenerentola fut composée, comme presque tous les grands succès de Gioacchino Rossini, en un temps record et n’était pas l’effet d’une ambition particulière. Il fallait un sujet, quelqu’un a dit « Cendrillon » et Rossini, qui tombait de sommeil, manifesta son accord avant de s’endormir tout à fait. On pourrait dire que cette Cenerentola a été conçue dans un rêve. Rossini n’hésite cependant pas à exiger de Jacopo Ferretti, son librettiste, qu’il introduise un certain réalisme dans le célèbre conte de Charles Perrault, à la place des éléments magiques et féériques. Point de carrosse-citrouille, donc. Cendrillon, brimée par le personnage falot de son beau-père Don Magnifi co — et non plus une méchante marâtre — sera aidée par un sage philosophe, Alidoro — et non plus une marraine-fée. Et la pantoufl e de vair disparaît au profi t d’un bracelet identifi cateur. L’opéra de Rossini se détache du conte de fées de Perrault en devenant donc un récit réaliste et moral, destiné à prouver que la bonté fi nit par triompher de toutes les épreuves. Le metteur en scène français Laurent Pelly, qui se lance pour la troisième fois de sa carrière dans une partition rossinienne, tient pourtant à rendre sa part de magie légitime à cette Cendrillon. Il le fera en imposant au quotidien assez banal de la maison de Don Magnifi co, dès l’apparition du du prince Don Ramiro dans leurs vies, une part de folie onirique où les ambitions inavouables de chaque personnage viennent déformer les apparences de leur univers. C’est dans la musique de Rossini, farfelue, décoiffante, rêveuse, que Laurent Pelly trouve la folie de l’œuvre. Celui qui a régalé le public genevois de tant de productions impayables et inoubliables comme Viva la Mamma ! ou La Grande-Duchesse de Gérolstein, trouve dans le personnage solitaire et marginalisé d’Angelina, la nuance mélancolique qui défi nit le véritable burlesque. Pour Laurent Pelly, cette Cendrillon est certes un peu naïve mais c’est ainsi qu’elle s’oppose à la mesquinerie qui l’entoure par la fermeté de son bon cœur. S’il est un cas où le théâtre est porteur d’un espoir d’aller à l’encontre de ce qui nous tire vers le bas, de la méchanceté décomplexée des places réelles et virtuelles de notre temps, s’il en est une qui nous apprend tout simplement à être bons, c’est bien Angelina, notre Cenerentola. Le chef d’orchestre italien Stefano Montanari, violoniste baroque à la dégaine de rocker heavy metal, vient du pays de Ravenne, pas si loin du Pesaro natal de Rossini. Il conduira l’Orchestre de la Suisse Romande à travers les délirants ensembles et les coloratures casse-cou de ce dramma giocoso. Avec une Anna Goryachova comme protagoniste, une virtuose du bel canto, confi rmée maintes fois au Rossini Opera Festival di Pesaro, le Bayreuth des rossiniens.